Sommaire de la page
Présentation
Doctorant en science politique, j'effectue ma thèse en cotutelle entre les universités de Strasbourg et de Radboud, sous la supervision de Valérie Lozac'h et d'Angela Wigger.
tom.logel@unistra.fr
Thèse
Une politique industrielle qui ne dit pas son nom. La construction du droit des aides d'État comme politique assumée de coordination des politiques industrielles nationales (1989-2008).
Ce projet de thèse poursuit trois objectifs. Premièrement, il retrace le tournant industriel pris par le droit communautaire des aides d’État depuis les années 2000, en particulier à la suite du Plan d’action sur les aides d’État de 2005. L’analyse montre comment la Commission a commencé à utiliser le droit des aides d’État comme un instrument permettant de coordonner les politiques industrielles des États membres en vue d’atteindre les objectifs d’autonomie stratégique de l’UE, marquant ainsi une rupture significative par rapport à la pratique antérieure, où le contrôle exercé au titre du droit des aides d’État était censé servir les objectifs de la politique de concurrence.
Deuxièmement, le projet propose une approche critique de la littérature d’économie politique consacrée au « retour de l’État » post-2008. Plutôt que d’accepter ce discours tel quel, il s’interroge sur l’ampleur et la nature de ce retour supposé. En examinant de manière empirique l’évolution de la législation sur les aides d’État en tant qu’outil de coordination (à partir d’entretiens avec des fonctionnaires de la Commission et de recherches d’archives en France et en Italie), cette recherche évalue si nous assistons à une véritable transformation du rôle économique de l’État ou simplement à une adaptation dans le cadre des paramètres néolibéraux existants. Cet objectif vise à nuancer les descriptions de la résurgence de l’État en mettant en évidence les continuités et les contradictions au sein de configurations politiques apparemment nouvelles.
Troisièmement, le projet élabore une explication théorique de cette transformation en combinant les apports de la théorie du champ de Bourdieu et de la théorie de la régulation afin de mettre en lumière à la fois les dynamiques institutionnelles au sein des champs de gouvernance économique européenne et les changements de régime plus larges dans la régulation capitaliste. Ensemble, ces objectifs permettent de dresser un tableau complet du tournant industriel du droit des aides d’État : en documenter l’émergence, le situer au sein des débats plus larges sur la transformation de l’État sous le capitalisme contemporain, et en expliquer les déterminants institutionnels et structurels à travers une analyse empirique fondée sur la théorie, qui fait le lien entre le droit de l’Union européenne, l’économie politique comparée et la théorie critique de l’État.
An industrial policy in all but name. The development of state aid law as an explicit policy for coordinating national industrial policies (1989–2008).
This PhD research project has three objectives. First, it traces the industrial turn in EU state aid law since the 2000s, particularly following the 2005 State Aid Action Plan. The analysis demonstrates how the Commission has begun to deploy state aid law as an instrument to coordinate Member States' industrial policies towards EU strategic autonomy objectives, marking a significant departure from previous practice where state aid law control allegedly served competition policy goals.
Secondly, the project critically engages with political economy literature on the post-2008 "return of the state". Rather than accepting this narrative at face value, it interrogates the extent and character of this putative return. By examining empirically how state aid law has evolved as a coordination tool (making use of interviews with Commission officials and archival research in France and Italy), the research assesses whether we are witnessing genuine transformation in the state's economic role or merely adaptation within existing neoliberal parameters. This objective aims to nuance accounts of the state's resurgence by revealing continuities and contradictions within apparently new policy configurations.
Third, the project develops a theoretical explanation for this transformation by combining insights from Bourdieu's field theory and regulation theory to carve out both the institutional dynamics within European economic governance fields and broader regime shifts in capitalist regulation. Together, these objectives generate a comprehensive account of state aid law's industrial turn— documenting its emergence, situating it within broader debates about state transformation under contemporary capitalism, and explaining its institutional and structural determinants through theoretically informed empirical analysis that bridges EU law, comparative political economy, and critical state theory.




