Flux RSS

Flux RSS

Axe 3 – Mutations des formes de revendications collectives en Europe

Responsables : Jean-Philippe Heurtin et Elisabeth Lambert Abdelgawad

Titulaires : Virginie Barbier-Roiron (MCF), Gaëtan Cliquennois (CR), Karim Fertikh (MCF), Magdalena HADJIISKY (MCF), Jean-François Havard (MCF), Jean-Philippe Heurtin (PR), Wiebke Keim (CR), Elisabeth Lambert Abdelgawad (DR CNRS), Valérie Lozac’h (MCF HDR), Romuald Normand (PR)

L’axe 3 examine les nouveaux phénomènes de mobilisation dans une optique novatrice, associant juristes, politistes, sociologues, historiens et ethnologues. Le thème de l’usage du droit, au croisement des disciplines de la sociologie et du droit, n’a en effet donné lieu qu’à très peu de travaux dans une perspective comparative et européenne. La circulation des acteurs et avec eux des techniques et des répertoires d’action a entraîné une transformation des formes d’action collective.

Si jusqu’au milieu des années 1990, on avait pu diagnostiquer une « crise de la critique », marquée par le déclin des engagements militants, politiques et syndicaux, la généralisation d’un sentiment d’impuissance publique des citoyens ordinaires, et le repli corrélatif sur la sphère privée, depuis les grandes mobilisations des années 1995, puis le retour régulier de grandes séquences plus ou moins généralisées de protestation, jusqu’aux manifestations importantes qu’ont connu des pays comme l’Espagne, le Portugal ou la Grèce ont semblé redonner force à la protestation collective. Sans doute les formes de cette protestation ont-elles changé. Alors que jusque dans les années 1980, les mobilisations collectives s’effectuaient dans le cadre des Etats-nations, la crise économique et sociale, puis financière a reconfiguré les formes de l’action collective, les dirigeant plus volontiers vers des arènes internationales, et diversifiant ses répertoires d’actions, des plus traditionnelles – celles, classiques, du mouvement ouvrier s’appuyant sur le nombre –, jusqu’aux formes plus expertes de l’intervention dans les arènes scientifiques et judiciaires.

La construction de l’Europe, et le déplacement vers ses arènes du traitement d’un certain nombre de problèmes publics ont contribué à reconfigurer l’espace public de l’action collective. Semblent coexister des tendances centrifuges et centripètes : en effet, l’espace européen participe d’une dispersion et multiplication des acteurs et lignes d’actions, tout autant que des tendances à un certain recentrage et à une circulation des mêmes acteurs entre espaces normatifs nationaux eux-mêmes, entre espaces nationaux et espace européen, et entre les diverses composantes de l’espace européen ou international elles-mêmes. Cette circulation s’observe pour les acteurs politiques, syndicaux, associatifs, mais aussi pour les acteurs professionnels du droit ou d’autres formes de savoirs (juges, mais aussi avocats, lobbies, ONG, etc.). Le recentrage est impulsé également par la complexité accrue des normes et la spécialisation des acteurs, qui font le choix de se concentrer sur certains thèmes, de réduire – mais aussi de professionnaliser – les espaces de leurs investissements, qu’il s’agisse de la protestation, de la diffusion de certains savoirs ou de conceptions intentionnelles ou enfin des actions judiciaires. On assiste ainsi à une sélection des problèmes qu’ils entendent traiter ou voir traiter, soit au regard d’un type de menace ou d’un type de victime.

L’internationalisation – et, en particulier, l’européanisation – des mobilisations collectives ne rend pas seulement compte de la multiplication des réseaux transnationaux, au principe de la constitution d’une « opinion publique européenne » – et, dans une moindre mesure, internationale –, qu’ont illustrées comme autant de prémisses, les manifestations européennes contre le conflit en Irak. Elle témoigne aussi de la recherche d’interlocuteurs et de « répondants » qui, en lieu et place de gouvernements nationaux qui avouent de plus en plus leur impuissance, soient capables de transporter la voix de ceux qui s’indignent, et d’« agir » en leur nom face à des destinataires perçus eux aussi comme de plus en plus internationalisés. Si l’on assiste à l’importation dans le jeu politique et l’action publique de techniques managériales, c’est surtout à une porosité accrue entre les différentes formes de mobilisations politiques, à la mobilisation de l’expertise et au recours en justice auxquels on assiste. Ces différentes voies de frayage de la capacité critique, dans bien des cas, se superposent et s’entrecroisent, confèrent à la « société critique européenne » des contours largement originaux et inédits.

Contrats en cours :

  • Construction et circulation des savoirs "experts" sur l'action publique dans l'espace européen : le rôle des organisations internationales - Programme Misha (2017-2019)
    Responsable scientifique : Magdalena HADJIISKY

Contrats terminés :

  • "Genèse et pratiques de la bureaucratie" , Conseil Scientifique de l'Université de Strasbourg
    Jean-Philippe HEURTIN
  • "Entre logique d’assistance et de surveillance : les politiques religieuses de l’Etat français depuis 1905" , Programme MISHA
    Solenne JOUANNEAU
  • "Réformer l’Etat par le marché. L’« économisation » du secteur public dans l’Europe postcommuniste", Programme MISHA
    Valérie LOZAC'H